ON PARLE DE "NFT MINE D'OR" DANS LE MONDE DU 26 JUIN 2022 SOUS LA PLUME DE ROXANA AZIMI


LE CRYPTO-ART DANS LA TOURMENTE DES MARCHÉS DES NFT

Le chute des cryptomonnaies entraîne par ricochet celle des oeuvres d’art numériques qui y sont adossées

Avis de grand froid sur le marché des cryptomonnaies ! Mi-mai, le bitcoin et l’ether ont en effet dévissé d’environ 20%, tandis que terra-UST, une monnaie censée être stable puisque arrimée au dollars, a perdu 90% de sa valeur. Ces remous ont affecté, par ricochet, le marché des non fongible token (NFT), ces certificats de propriété numérique inscrits dans la blockchain (une technologie de stockage et de transmission d’informations reposant sur la cryptographie).

Après avoir atteint plus de 44 milliards de dollars (41 milliards d’euros) de chiffres d’affaires en 2021, ces jetons non fongibles ( non duplicables et totalement uniques) adossés aux cryptomonnaies accusent une baisse de 75% du volume des dépenses au premier trimestre, d'après la plateforme de veille Chainalysys. ”Au premier trimestre, 20,9 millions de transactions ont été opérées les mois ou l’ether était en hausse, décrypte Ethan McMahon, économiste chez Chainalysys. En revanche, dès que les cours ont chuté, le volume s’est contracté à 12,7 millions d’échanges.”

L’impact est d’autant plus significatif que, d’après le groupe Hiscox, 95% des acheteurs de ces jetons non fongibles ayant dépensé plus de 25000 dollars agissent non par amour de l’art mais dans l’espoir d’un retour rapide sur investissement.

Pour Olivier Lerner, auteur avec Sophie Lanoë, du livre NFT, MIne d’or(Books on Demand, 146 pages, 16,99 euros), cette volatilité décourage un public en quête de valeurs sur la durée, “Mais d’un autre côté, ajoute-t-il, c’est une excitation pour un autre public qui veut revendre, acheter, faire des affaires en jouant sur deux leviers : le yoyo des cryptomonnaies et l’augmentation de la valeur du NFT. ”

Le manque de liquidités à toutefois conduit les investisseurs à vendre parfois à la casse. Le 18 mai, le prix plancher de la pièces de collection Bored Ape Yacht Club a chuté de 25%, passant sous la barre des 200 000 dollars, contre 420 000 au début du mois, « le secteur des jeux ” play to earn ” (qui offrent aux utilisateurs des récompenses sous la forme de NFT) et des ventes de parcelles de métavers, encore bien trop immatures, se prennent une sacrée correction », constate le jeune collectionneur Brian Beccafico, rappelant que « les projets arrivistes se cassent la gueule ».

Les « collectibles » plus affectés

Sina Estavi en sait quelque chose. Le PDG de la plate-forme Bridge Oracle s’était porté acquéreur du NFT du premier tweet de l’histoire, de Jack Dorsey, pour 2,9 millions de dollars, en mars 2021. Un an après, il espérait le revendre avec une culbute phénoménale, 48 millions de dollars, rien de moins. Mauvais calcul : les enchères pour ce tweet prétendument historique plafonnent aujourd’hui à 20 000 dollars… « Ce NFT pourrait peut-être se vendre à la prochaine euphorie, mais très loin du prix d’achat », prédit Quentin de Beauchesne, cofondateur de la start-up Ownest, à l’initiative de la communauté Crypto.fr, portée sur la question des cryptomonnaie.

A ses yeux, « les projets qui ont du succès aujourd’hui ne sont pas forcément ceux qui seront prisés demain ». Pour mémoire le projet de CryptoKitties, l'un des «collectibles» phares de 2017, n’a pas décollé en 2020-2021, tandis que les CryptoPunks, lancés au même moment, ont depuis affolé les compteurs. «Il vaudra mieux posséder des œuvres d'artistes que des collections d’avatars ou de jeux, dont les prix peuvent s'effondrer et ne jamais remonter à l’avenir », estime Quentin de Beauchesne.

Quid d’Everyday: the first 5000 Days, le NFT de l’artiste numérique américain Beeple, qui à décroché, en mars 2021, le record spectaculaire de 69 millions de dollars ? Pour Olivier Lerner, «l'œuvre de Beeple à changé le cours de l’histoire de l’art. Si demain elle était revendue, elle ferait plus », Quentin de Beauchesne en est également convaincu. A ceci près qu’il estime qu’il «y aura moins d’acheteurs potentiels, car moins de liquidités disponibles actuellement». Les fluctuations des cryptomonnaies affectent d’ailleurs plus marginalement le marché des crypo-arts, dont la communauté se compose de vrais passionnés que la sphère des «collectibles».

Les artistes numériques établissent généralement leurs prix en ether, sans se préoccuper de la conversion en dollars. «Mettons qu’un artiste propose une œuvre à 1 ether. Si, trois semaines après , elle est invendue et qu’entre temps le prix de l’ether à doubler, il est rare qu’il en modifie le prix pour se coller à la valeur en monnaie étatique », précise Brian Beccafico. Le collectionneur, qui profite de la chute de l’ether pour acheter davantage de NFT, n’est d’ailleurs pas très inquiet : «Netflix à perdu 40% de sa valeur depuis les dernières semaines, pourtant le streaming à de beaux jours devant lui. Ce sera pareil pour les NFT.»

ROXANA AZIMI


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