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  • Sophie Lanoë

NFT : Après le grand n'importe quoi, la naissance d'un mouvement artistique plus intéressant ?

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Les NFT ne sont-ils qu’une bombe qui a vite fait pschitt ? Pas pour Sophie Lanoë, conseillère en stratégie culturelle. Elle estime qu’au contraire l’éclatement de la bulle permet l'avènement d’un cryptoart plus pérenne.



Il est (déjà) fini le temps où les boursicoteurs de NFT pouvaient faire une plus-values NFT, ces objets numériques certifiés sur la blockchain, a considérablement chuté ces derniers mois. Selon le site spécialisé Nonfungible, les ventes de NFT représenteraient 1,6 milliard de dollars au troisième trimestre de 2022. C'est énorme, certes, mais la performance affiche tout de même une baisse de 77 % par rapport aux 7,3 milliards de dollars du deuxième trimestre de la même année. Mais pour Sophie Lanoë, conseillère en stratégie culturelle et co-autrice du livre NFT Mine d'or l'éclatement de cette bulle ne signe pas la fin du cryptoart. Bien au contraire. Après la bulle et son lot d'œuvres médiocres, place à un mouvement plus pérenne, poussé par une nouvelle génération d'artistes et de (très) jeunes collectionneurs. « Dans un an, 95 % des artistes qui font des NFT auront disparu », prédisait en 2021 Gauthier Vernier, l’un des artistes du collectif Obvious interrogé dans votre livre. Avait-il raison ?

Sophie Lanoë : Effectivement, au début de l’engouement pour les NFT, il y avait un peu tout et n’importe quoi. On voyait des choses intéressantes - Obvious ou Pascal Boyart notamment - mais elles étaient noyées dans la masse. 95 % c’était n’importe quoi. Le moindre GIF se vendait comme une œuvre d’art sans qu’il y ait un discours derrière. Aujourd’hui, l’éclatement de la bulle remet les pendules à l’heure. On voit une émergence d’artistes assez intéressants. Et désormais le monde de l’art traditionnel regarde avec moins de condescendance le crypto-art. Au départ, il y avait beaucoup de méfiance. Quand je parlais de NFT en 2021 dans le monde de l’art traditionnel, on levait les yeux aux ciel. Kamel Mennour avait tout de même tenté une incursion en 2021 mais s’était retiré rapidement, faute d’intérêt de la part des collectionneurs. Aujourd’hui des choses intéressantes sont en train de se passer. La NFT Factory à Paris commence à faire des expositions. Gxrls Revolution - un collectif d’une centaine de femmes artistes NFT a publié un catalogue en novembre. Art Basel a fait un dispositif total sur les NFT en septembre.


Fresque 09 : "Madone au smartphone", Pascal Boyart


La baisse des prix a-t-elle affecté le mouvement ? S. L. : Il y avait une bulle autour de certaines collections comme les cryptopunks, dont les prix se sont effondrés depuis quelques mois. Mais est-ce qu’on parle d’art quand on parle de cryptopunks ? Peut-être, mais c’est une discussion. Des œuvres d’artistes comme Obvious n'avaient pas la même dimension spéculative. Le prix de leurs œuvres a certes baissé du fait de la chute des cours des cryptomonnaies, mais la baisse n’est pas aussi importante que sur des collections d’avatars dont les prix avaient atteint des sommets.


EarthDay, Estelle F Comment les cryptoartistes vivent-ils ce marché en dents de scie ? S. L. : Les artistes s’adaptent, ils savent qu’ils sont sur un marché très spéculatif. La chute des prix va surtout impacter ceux qui pratiquaient l’achat-revente. Il y a encore un an on pouvait acheter un NFT, puis faire un bénéfice en le revendant quelques heures plus tard ! Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est ce genre d'œuvre qui est impacté. Quand on achète une œuvre de Pascal Boyart ou d’Obvious ce n’est pas pour la revendre 15 minutes plus tard, c’est pour la garder.


Cheat Island, Neil Beloufa

C’est aussi un mouvement très communautaire… Intéresse-t-il au-delà de cette petite communauté ? S. L. : C’est une force et une faiblesse. Un crypto-artiste vend son œuvre de manière très différente du marché traditionnel. Il va créer une communauté autour de lui, avec qui il communique pendant tout le processus de création. Lorsqu'il commercialise une œuvre, il le fait ensuite sous forme de drops auxquels sa communauté a un accès privilégié via des white list. Généralement, ils vendent leurs œuvres très rapidement. C’est une force parce qu’en étant achetés très rapidement, ces artistes vont se sentir très soutenus par leur communauté. La faiblesse c’est que cela reste une communauté restreinte. Un collectionneur traditionnel doit se familiariser au vocabulaire; s’inscrire à un Discord, créer un wallet (portefeuille de cryptomonnaies)… Il faut avoir le temps et l’envie. Au départ, on fait forcément une erreur : on perd le mot de passe de son wallet, on se laisse arnaquer ou voler son œuvre. Il y a énormément d’arnaques, il faut le dire. Il est compliqué d’élargir son public au-delà de cette petite communauté d’acheteurs très geeks et intéressés. C’est un univers en gestation, il y a plein d’améliorations à mettre en œuvre, notamment d’un point de vue sécuritaire.